LES LUSITANIENS N’ÉTAIENT PEUT-ÊTRE PAS NOS ANCÊTRES DIRECTS!

Ce matin, dans le Portugal se raconte, on a choisi de vous faire un petit topo sur nos origines portugaises.
En fait, c’est la lecture d’un livre sur l’histoire du Portugal qui m’a donné envie de vous parler de la façon dont sont apparus nos premiers ancêtres.
Un livre de Luís Almeida Martins : « História não oficial de Portugal ».
Ce matin, nous allons donc vous parler d’un temps que les moins de 2000 ans ne peuvent pas connaître !

En ce temps là, on ne parlait pas encore de Portugal, puisqu’il n’existait pas.
Mais évidemment…et en toute logique, l’espace occupé par le Portugal, lui était déjà là, mais pas avec les mêmes contours.
Et qui plus est…il était occupé pas des gens qui n’étaient pas encore des portugais.
Mais pour bien faire, si on veut vous raconter correctement l’histoire du Portugal, il va falloir remonter à plusieurs milliers d’années.
Á au moins 25.000 longs hivers.
Mais surtout, ne décrochez pas tout de suite, le meilleur reste à venir.
Et pour bien comprendre d’où on vient, il faut commencer par le début !
Vous imaginez ?
Le temps et l’espace qui nous sépare de la préhistoire, lorsque l’on sait que l’entité politique que l’on appelle aujourd’hui le Portugal n’a même pas encore fêté ses 900 printemps !!!
Tout ça est très paradoxal…quand on sait qu’on accorde plus d’importance à ces 900 ans qu’aux 24.000 autres qui nous ont précédé.
Et qui incluent quand même…la préhistoire, l’antiquité et le Moyen-âge.
En fait, en y réfléchissant, c’est un peu normal, puisqu’on parle mieux de ce que l’on connaît, que de ce que l’on ne connaît pas.
Faisons donc un grand bon en arrière, pour remonter à il y a 80 millions d’années, au temps de la préhistoire.
Au temps où les êtres qui occupaient le futur Portugal n’étaient pas encore des hommes, mais des êtres à sang froid.
Et on se retrouve quelque part, vers Amadora, au nord de Lisbonne et plus exactement à Carrenque où l’on a retrouvé la trace de deux dinosaures herbivores qui remonteraient au Crétacé Supérieur.
On a répertorié leurs empreintes sur une surface d’environ 120 mètres de longueur. Ce qui, par l’étendu, est déjà en soi, un véritable exploit archéologique !
D’ailleurs, aujourd’hui, on peut voir ces empreintes fossilisées protégées et recouvertes par un tunnel : le fameux tunnel de Carenque.
Et miracle !!
Grâce à notre couple de dinosaures, on pénètre des deux pieds dans l’histoire…NOTRE HISTOIRE !
Car mine de rien…sans le vouloir, nos deux dinosaures ont interagi avec nous. Car la présence du tunnel de Carenque, a obligé des ingénieurs à dévier la construction d’une route nationale.
Bon, je vous rassure, nous n’allons pas vous raconter tout ce qui s’est passé entre l’époque des dinosaures et la notre !
Sauf sauf !
De la présence d’autres dinosaures qui ont aussi leur importance et dont on a retrouvé la trace et les empreintes sur les falaises de Lourinhã, près de Lisbonne. Des empreintes qui remonteraient à une date qui donne presque le vertige : il y a plus de 2,5 millions d’années.
Aujourd’hui on peut admirer ces deux spécimens : le lourinhasaurus et le lourinhanosaurus dans un musée à Lourinhã.
Mais pour arriver à l’histoire de nos origines, et retrouver les premières traces d’humains, il va falloir faire un super pas de géant. En allant directement à, il y a 24.000 ans.
Car c’est à peu près de cette époque que remonterait la découverte du premier cadavre humain issu du croisement entre cro-magnon et Néendhertal .
Il s’agit en fait, d’un enfant retrouvé à Vale do Lapedo à une douzaine de kilomètre de Leiria.
Mais poursuivons notre voyage dans l’histoire pour arriver jusqu’au val de la rivière Coa, dans la région de Beira Baixa.
On y a retrouvé la trace d’une poignée d’hommes qui vivaient vêtus de façon rudimentaire, se défendant à l’aide d’arc, de flèches et de lances.
Et là déjà, ça commence à nous ressembler !!
Ces gens chassaient des animaux pour se nourrir, s’habiller, et fabriquer des ustensiles et des armes.
Tous ces vestiges ont été mis à jour dans le val de la rivière Coa et constituent l’un des plus grands sites archéologiques à ciel ouvert.
Ils regroupent des milliers de dessins et de gravures dans la pierre des cavernes.
Les images représentent en grande partie, les bovins et les chevaux que les hommes chassaient pour se nourrir. On pense qu’ils avaient besoin de les dessiner sur les parois des cavernes où ils vivaient, pour mieux les maîtriser pendant la chasse.
Ce site archéologique peut se visiter aujourd’hui, mais il faut savoir qu’il y a quelques années, en 1994, il a été à deux doigts d’être enseveli par les eaux d’un barrage.
Fort heureusement, grâce à la ténacité d’une poignée d’hommes, il a été préservé.
D’autres sites archéologiques ont eu beaucoup moins de chance.
Et c’est le cas des 40.000 gravures préhistoriques de Vila Velha de Ródão, Nisa et Mação ensevellis par le barrage du Fratel, dans le val du Tage.
Ils ont été découverts dans les années 70, alors que le Portugal était muselé par la censure sous la dictadure de Salazar. Des hommes ont à l’époque bien essayé de sauver ce site historique, mais en vain !!.
L’obscurantisme a eu le dessus.
Mais nos ancêtres lointains ne nous ont pas seulement laissé des peintures sur des murs, ils nous aussi légué des menhirs, des dolmens et autres monuments funéraires que l’on a retrouvé un peu partout sur le territoire portugais.
Je vous invite d’ailleurs à aller visiter l’une des plus belles collection de menhirs au monde : le superbe site de Cromlech des Almendres du côté de Évora.
En fait, si on a voulu remonter si loin dans notre histoire, c’est pour vous prouver que le territoire où, il y a presque 900 ans, notre premier roi portugais Dom Afonso Henriques a décidé de fonder le Portugal, avait déjà été habité, il y a plus de 500.000 ans.
Et vous avez remarqué qu’on ne parle toujours pas de portugais !
… et loin s’en faut !
Mais nous allons voir un peu plus loin, qu’en fait ce sont des migrations successives de population qui ont fait ce que l’on est devenu.
Et s’il y a bien une chose dont on est vraiment sûr, c’est que les migrations des peuples ont toujours été une constante dans la construction des civilisations.
Et j’en profite d’ailleurs pour faire un petit parallèle avec ce que l’on vit aujourd’hui.
En vous disant que tous ces flux de migrants qui font si peur à nous autres européens n’est qu’une affaire de géopolitique.
Mais ce n’est pas nouveau !
Parce que depuis que l’homme est homme et qu’il est question de survie. Il n’a souvent eu d’autre choix que celui de se mettre en marche.
Et il y a donc plusieurs milliers d’années, des peuples venant d’Afrique, d’Amérique de sud, de l’est de l’Europe se sont mis en marche à la recherche d’un endroit favorable pour poser leurs bagages. Soit parce qu’ils étaient fatigués de marcher, soit parce qu’ils étaient arrivés au bout de la terre.
Et c’est ce qui s’est probablement passé avec notre territoire portugais qui se situe sur la pointe ouest du continent européen.
Tous ces peuples ont donc décidé, un jour, de s’installer sur notre futur territoire portugais.
Rejoins ensuite, il y a environ 1000 ans avant JC, par des navigateurs venus d’orient.
Il s’agissait de phéniciens qui arrivaient du fin fond de la Méditerranée, là où aujourd’hui, se trouve le Liban.
Ils arrivaient à bord d’énormes embarcations chargées de marchandises.
Parce qu’il faut savoir que ce peuples de phéniciens étaient d’aussi bons navigateurs que commerçants.
On leur attribuait d’ailleurs de bien laids qualificatifs, en disant d’eux qu’ils avaient le regard qui frisait et assez de bagou pour entourlouper n’importe quel acheteur.
N’empêche…qu’on a beau les critiquer, mais c’est quand même, bien à eux que l’on doit l’invention de l’écriture, dont il avaient besoin pour leurs transactions commerciales.
En fait, ce peuple qui venait pour faire du commerce a finit par s’installer.
Et après les phéniciens, d’autres peuples sont venus à leur tour, débarquer sur notre futur territoire portugais, contribuant ainsi à la construction de notre civilisation.
Et les lusitaniens ? Me direz-vous…
Quand est-ce qu’ils apparaissent ?
Et bien en fait, ils sont déjà là !! Puisqu’ils sont présents depuis le début des migrations.
Rappelez-vous tout à l’heure, lorsque je vous ai parlé des peuples venant d’Europe centrale, bien avant les phéniciens.
C’est étrange ? Non ?
Nous qui avions l’idée que nos ancêtres directs étaient des lusitaniens. Au point que les deux mots : portugais et lusitaniens sont pratiquement devenus des synonymes.
Et bien, cette idée est fausse !
C’est un peu comme si on considérait que les indiens apaches sont les actuels nord-américains.
Ou que les italiens sont les descendants directs des romains du temps de Jules César.
C’est presque décevant de savoir que les lusitaniens ne sont pas nos descendants directs !
Mais voyons ça de plus près…
Comme nous l’avons vu, les lusitaniens n’ont pas été le seul peuple à habiter la péninsule ibérique.
Á partir du VIème siècle avant JC et environ 400 ans après, plusieurs peuples occupaient déjà la péninsule, et ont même contribué à repousser l’envahisseur romain.
En fait, au tout début, ces peuples s’étaient installés entre le Douro et le Tage. Et plus précisément dans la région centrale du Portugal que l’on appelle aujourd’hui « Beira ». Ainsi que sur des territoires bien au-delà, de chaque côté de l’actuelle frontière luso-espagnole.
Et pendant l’occupation romaine, ce sont donc les romains qui donneront à tout ce vaste territoire, le nom de Lusitanie.
Et vous l’avez compris, Lusitanie désignait en fait une des provinces de leur vaste empire.
Et la capitale de cette « Lusitanie romaine » n’était autre que l’actuelle ville espagnole de Merida.
Mais alors d’où viennent les lusitaniens ?
Probablement comme nous l’avons dis plus haut, d’Europe centrale. Même si aujourd’hui, tous les historiens ne partagent ce même avis.
Et on ne peut pas affirmer non plus, comme on l’entend souvent, que nos ancêtres étaient des celtes.
Par contre, on sait de source sûre qu’ils raffolaient d’une boisson proche de la bière. Et qu’ils ne comprenaient rien au latin : la langue des romains.
Et comme le français et le portugais sont des langues d’origine latine, on imagine bien que si aujourd’hui, on entendait parler un lusitanien, on ne comprendrait absolument rien !
C’est décevant non ??
On connaît aussi certaines de leurs coutumes, on sait par exemple :
Qu’ils adoraient prendre des bains de vapeur genre sauna.
Qu’ils s’enduisaient le corps d’huile parfumée.
Qu’ils ne prenaient qu’un seul repas par jour.
Qu’ils mangeaient du pain fait à base de farine de glands.
Qu’ils faisaient des offrandes de sacrifices humains à leur Dieu.
Que les femmes combattaient autant que les hommes.
Qu’ils étaient monogames, c’est-à-dire qu’ils s’unissaient à une seule femme.
Arrive t-on déjà à se reconnaître dans ces coutumes ?
Pas sûr !!
Et pour mieux connaître l’environnement dans lequel vivaient les lusitaniens, il faut ajouter qu’ils avaient pour voisins, différentes peuplades : Les uns étaient d’origine celtes, les autres étaient ibères.
Et c’est la fusion de ces deux peuples qui plus tard, a donné les celtibères.
D’ailleurs, malgré tout ce que l’on pourra dire, là non plus, on n’est pas très sûrs de leurs origines.
Même si certains historiens affirment qu’ils étaient les descendants des bâtisseurs de mégalithes.
D’autres affirment qu’ils étaient originaires d’une zone du Caucase, qu’on appelait aussi Ibéria. Un nom qui, ensuite a désigné la totalité de la péninsule. Et qui à l’époque concernait la région de la rivière Ebro et les monts ibériques, entre le plateau castillan et Aragon.
Tous ces peuples, y compris nos amis lusitaniens vivaient dans de petits villages, constitués de maisons de pierre qui ressemblent fortement aux constructions traditionnelles que l’on connaît aujourd’hui au nord et au centre du Portugal.
Les unes étaient carrées, les autres, arrondies dans les angles, et d’autres encore, complètement circulaires.
Le sol était en terre battue et le toit en chaume.
Ces villages, on les appelait des « castros » ou des « citânias » et on peut aller aujourd’hui, observer leurs ruines à Briteiros ou à Sanfins, près de Guimarães.
Chaque « Castro » avait un chef et la structure sociétale était axée sur la famille.
Ils étaient éleveurs et cultivaient déjà des potagers. Alors que sur la côte, ils pêchaient.
Ils pratiquaient le culte en plein air, et brûlaient leurs morts, mais en conservaient les cendres dans des urnes, gardées à proximité des maisons, renforçant ainsi l’importance de la famille, importance encore visible dans la culture portugaise actuelle.
Ils marchaient majoritairement pieds nus, tout comme les paysans portugais au début du XXème siècle!
Ils s’habillaient de tuniques de lin ou de laine, suivant la saison.
Les femmes adoraient porter des bracelets.
Et avouons-le ! Tous ces gens étaient déjà très civilisés pour l’époque.
Refaisons donc un petit point : nous pouvons donc désormais considérer que nous sommes autant lusitaniens que les français sont gaulois ou les anglais, des anglo-saxons.
Et que par conséquent, nous avons tous un lien de parenté très très lointain avec nos ancêtres.
Même si, la plupart des historiens ont toujours cherché à nous identifier à ce peuple de lusitaniens.
Entre 1580 et 1640, époque pendant laquelle le Portugal s’est retrouvé sous la coupe espagnole, la référence à ce peuple ancien était une constante, dans tous les écrits, comme dans une tentative de faire valoir que notre identité culturelle et ethnique était intimement liée aux castillans (les ex-espagnols).
C’est d’ailleurs un moine de cette époque : Bernardo de Brito, qui a écrit un livre intitulé « Monarquia Lusitana », « Monarchie Lusitanienne » où il raconte les guerres d’indépendance des lusitaniens contre les envahisseurs romains et où il désignait les lusitaniens comme des étant des portugais.
Une grosse faute historique lorsque l’on sait qu’il faisait référence à un peuple ayant tout de même vécu 13 siècles avant Afonso Henriques, alors que le Portugal n’existait pas encore.
Les historiens du XIX ème siècle : Alexandre Herculano et Oliveira Martins ne se sont évidemment pas conformé à ces fausses données et ont rétabli la vérité en affirmant dans leurs ouvrages respectifs que les portugais n’étaient pas les descendants directs des lusitaniens.
Pour résumer tout ça, les portugais seraient en fait issus du mélange de plusieurs peuples : les ibères, les celtes, les phéniciens, les romains, les germaniques, les arabes, les berbères, les hébreux, et les français (du temps de la reconquête catholique et des invasions napoléoniennes), des africains, des brésiliens, des ukrainiens…..etc.
Ça fait du monde !!!
Et que dire alors du fameux Viriato que l’on a toujours désigné comme étant le premier portugais.
Même si les espagnols en font une tout autre théorie et on verra pourquoi tout à l’heure.
Viriato était en fait un chef lusitanien. Et comme nous venons de prouver que lusitanien et portugais ne sont pas des synonymes, Viriato n’était donc pas portugais !
Mais ce qui reste quand même intéressant, c’est de savoir que Viriato a incarné la résistance de l’Occident ibérique contre l’envahisseur romain.
Et ce que nous avons appris, soit à l’école soit à travers des lectures, c’est que Viriato était un berger des monts Herminios : le nom que l’on donnait autrefois à la Serra da Estrela ; la plus haute montagne portugaise. Et que en tant que chef de la tribu des lusitaniens, il a donné du fil à retordre aux romains.
Comme je vous le disais tout à l’heure, les espagnols ont une toute autre théorie sur l’existence de Viriato.
Selon eux, le chef lusitanien serait né, soit dans la province espagnole de Zamora, soit dans celle de Càceres.
On peut d’ailleurs voir une statue de lui dans la ville de Zamora.
Tout comme on peut également en voir une, dans la ville portugaise de Viseu puisque de leur côté, les portugais pensaient que le grand chef lusitanien y était né.
Comme nous l’avons vu…chacun y va de sa théorie !
On n’est pas sûr qu’il fût berger non plus.
Mais ce dont on est sûr, c’est qu’il aurait fait un excellent mariage qui lui aurait rapporté une bonne dote.
Camões a lui aussi, dans ses écrits, a alimenté le mythe de Viriato en le citant comme un berger devenu général.
Bon !nous allons nous arrêter sur Viriato.
Il y aurait encore beaucoup à dire, notamment sur la façon dont les lusitaniens ont chassé les romains de la péninsule ibérique.
Mais ça, c’est une autre histoire…pour une prochaine émission !!
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