LES CHANTS DE LIBERTÉ DE ZECA AFONSO…

Qui était José Manuel Cerqueira Afonso dos Santos, ce chanteur portugais engagé, plus connu sous le nom de Zeca Afonso ?

Aujourd’hui, on ne peut pas évoquer la « Révolution des Œillets » sans lui rendre hommage. Parce qu’il a consacré toute sa vie, à la lutte contre la dictature conservatrice salazariste.

Il est né le 2 août 1929, à Aveiro et décédé à Setubal le 23 février 1987 d’une SLA (sclérose latérale amyotrophique).

Son père était juge et sa mère, enseignante. Lorsqu’il avait 3 ans, son père a été muté à Angola, en Afrique où il a été nommé Délégué du Procureur de la République. C’est d’ailleurs là-bas qu’est née sa petite sœur Maria Cerqueira Afonso dos Santos.

Á 8 ans, après un bref retour à Aveiro, il repart en Afrique pour un an.

Il rentre au Portugal pour sa scolarité, et va vivre chez son oncle Filomeno, maire de la petite ville de Belmonte.

Et c’est là que, baignant dans le plus pur salazarisme, à cause de son oncle ; fervent admirateur du dictateur, Zeca va s’apercevoir de la noirceur et du côté pervers de cette politique. Á l’époque, il sera même contraint de porter la tenue de la jeunesse salazariste.

En 1939, ses parents s’expatrient en Inde, à Timor, où ils seront faits prisonniers par les occupants japonais. Pendant leurs trois années de captivité, Zeca Afonso n’aura aucune nouvelle d’eux.

Entre temps, Zeca fréquente le Lycée, puis la Faculté de lettres à Coimbra. Où il intègre la chorale académique, et plus tard, la Tuna académique de l’Université de Coimbra (groupe musical étudiant).

Et c’est là, que va vraiment se révéler son talent d’interprète de fado.

En 1948, il conclut la première partie de ses études, et se marie en secret, contre l’avis de ses parents, avec Maria Amalia de Oliveira, une jeune couturière d’origine modeste.

En 1949, toujours à Coimbra, il intègre un master en sciences historico philosophiques.

En 1953, naît son premier fils, José Manuel. Et pour nourrir sa famille, Zeca se voit contraint de donner des cours particuliers. Au même moment, il enregistre son premier disque « Fados de Coimbra ».

En voici un extrait : « incerteza » dans le plus pur style de Coimbra.

De 1953 à 1955, il fait son service militaire. Puis entame une carrière d’enseignant.

En 1956, il divorce et pour des raisons économiques, envoie ses enfants à ses parents, au Mozambique.

Mais malgré les contraintes que lui procurent sa profession d’enseignant, il conserve des relations musicales à Coimbra. Et y retourne pour y enregistrer son deuxième disque : « baladas e canções » fortement influencé par les nouveaux courants musicaux de Coimbra. Les chansons de cet album commencent d’ailleurs à s’éloigner de plus en plus du pur fado de Coimbra. Et c’est à partir de cet album, qu’il se fera accompagné par Rui Pato, un guitarriste qui musicalement, ne le quittera plus jusqu’à sa mort.

Voici « Balada  Aleixo », un extrait de cet album dans un style que  Zeca décrivait comme contemplatif.  Un signe fort dans la carrière de ce chanteur engagé qui  avait compris que la chanson pouvait aussi être une arme pour dénoncer des injustices.

Toute sa vie, Zeca Afonso se produira dans des fêtes populaires, devant un public populaire.

En 1960, il enregistre un quatrième album, très mélodique « Balada de Outono »

Á partir de 1962, il commence à observer avec beaucoup d’attention la crise qui se dessine à Lisbonne.

Cette année là, il se remarie.

Et enregistre un nouvel album, qui a une résonance complètement politique. « Baladas de Coimbra ».

Il y dénonce l’oppression due au capitalisme, et sera censuré par la police politique : la PIDE.

Il sera même poursuivi par le régime en place et expulsé de l’enseignement.

En voici un extrait : « Vampiros » qui deviendra le symbole de la résistance anti-salazariste.

Ici, enregistré lors d’un concert dans la salle mythique du « Coliseu ».

Ayant été contraint de cesser son travail d’enseignant à cause de la censure, Zeca Afonso se consacre à plein temps, à sa vraie passion : la musique.

Il commence également à être connu dans le monde entier, et surtout partout, où il y a des compatriotes portugais.

Il se produit alors, en Suisse, en Allemagne et en Suède.

En même temps, il intègre un groupe de musiciens/chanteurs de fado avec Adriano Correia de Oliveira, José Niza, Jorge Godinho, Durval Moreirinhas et Esmeralda Amoedo.

En 1964, Zeca Afonso participe dans un groupe musical ouvrier à Grândola, dans l’Alentejo : une région fortement mobilisé contre le gouvernement de Salazar.

C’est là qu’il va trouver l’inspiration pour composer la musique qui deviendra l’hymne à la liberté lors de la Révolution des œillets : « Grândola Vila Morena ».

La même année, il repart s’installer avec sa famille, en Mozambique, à Lourenço Marques. Où il reprendra un poste d’enseignant.

Et c’est là qu’il va réellement débuter une carrière politique pour défendre ses idéaux d’indépendance. Il se manifeste ouvertement contre le colonialisme. Ce qui va lui valloir à nouveau des problèmes avec la police d’état, la PIDE.

Voici « Grândola Vila Morena » : la chanson qui a été choisie pour donner le signal de l’offensive, aux capitaines d’avril.

Un mois avant la révolution, le chanteur avait interprété « Grândola Vila Morena » aux côtés de Adriano Correia de Oliveira, Fernando Tordo et Manuel Freire sur la scène du « Coliseu ».

Et en 1983, trois ans avant sa mort et dans une phase déjà avancée de sa maladie, il remonte sur la même scène du « Coliseu » de Lisbonne, pour son dernier concert.

Les hommages se  multiplient alors, et il est, entre autres, décoré de « l’Ordre de la Liberté ».

Deux ans après, il  enregistre un dernier album : « Galinhas do mato », mais qu’il n’aura malheureusement pas le temps de terminer.

Voici un extrait de ce dernier album teinté de consonances africaines, qui l’ont tant inspirées pendant son séjour au Mozambique.

Depuis la mort de Zeca Afonso, de nombreux artistes, portugais et étrangers,  jeunes et moins jeunes continuent à explorer son répertoire musical.

Hélène Amoroso

 

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