L’immigration des Portugais



L’immigration des Portugais n’a pas été un long fleuve tranquille !!!!!

Durant les années 60, le Portugal vit sous l’emprise d’une dictature obscurantiste, il s’isole et s’enlise dans des guerres coloniales. Par dizaines de milliers, fuyant la misère, le service militaire et la répression salazariste, des hommes et des femmes fuient alors clandestinement le pays. Après la traversée des frontières espagnoles et françaises au péril de leur vie, en barque, à pied à travers la montagne ou cachés dans des camions, beaucoup débarquent gare d’Austerlitz à Paris. 9 sur 10 sont sans-papiers.

L’immigration portugaise, aujourd’hui, ne fait guère parler d’elle et s’est banalisée. Les portugais se sont intégrés assez facilement et pourtant, l’émigration portugaise n’a pas été un long fleuve tranquille. Dans les années 60, le patronat français avait besoin d’une main-d’œuvre nombreuse pour construire la “nouvelle société” sur fond d’urbanisme débridé. Le Portugal, lui, vivait sous l’emprise d’une dictature obscurantiste perdurant depuis les années 30. L’isolement et les guerres coloniales en Afrique avait rendu le pays exsangue.

En avril 1965, on dénombre 120 000 portugais en France. Dix ans plus tard, ils seront 800 000, dont près de cent mille insoumis. Paysans illettrés, élevés dans le culte du travail et du sacrifice, ils viennent s’entasser dans les “baraques” insalubres des bidonvilles, au pied des chantiers où ils construisent les “cités radieuses” de demain. Entre la peur d’un possible refoulement du territoire en vertu d’une circulaire datant de 1960 et les sollicitations insistantes du patronat du bâtiment, les immigrés portugais travaillent dur pour un maigre salaire. Et la question des papiers de travail et de séjour reste une obsession permanente, d’autant que le gouvernement Français alterne politique de régularisations et menaces d’expulsion, notamment dans le cadre d’accords avec le pays d’origine pour contrôler l’immigration. Autant de situations qui rappellent fortement celle des sans-papiers d’aujourd’hui.
En effet trois ou quatre familles vivaient dans une même maison et pendant que les uns dormaient les membres de l’autre famille travaillaient et ainsi de suite, ils faisaient en quelque sorte les 3/8 pour dormir dans ces bidonvilles, afin que tout le monde s’y retrouve.

Certains des immigrés sont rentrés au pays après une vie de labeur qui ne leur a pas permis de vivre une retraite convenable en France. Bons vivants, ces derniers se livrent volontiers, sans héroïsme démonstratif, mais avec la force d’une expérience de vie pleine et assumée.
Le temps des photos endimanchées envoyées au pays pour entretenir l’illusion d’une émigration au “paradis” semble bien loin.
Ils se retrouvent dans un café ou un commerce pépère, les uns et les autres s’interpellent, et leurs narrations se complètent. Les blagues fusent sur des histoires dignes de La valise en carton de Linda de Suza, mais l’ombre du passeur qui orchestrait, moyennant finances, le “grand saut” vers l’exil marque toujours les mémoires. Elle est symbolisée par une photo déchirée en deux. Le passeur gardait une moitié et les immigrés emmenaient l’autre moitié avec eux. Une fois à destination, ils envoyaient cette moitié à leur famille pour prouver qu’ils étaient bien arrivés et la famille payait le passeur.

Quel destin que celui des Portugais qui ont quitté leur petit village et qui se promettent de retourner y vivre un jour. Alors s’ensuit de nombreux sacrifices pour pouvoir subvenir aux besoins tout en envoyant de l’argent au pays mais entre temps les enfants naissent et tentent d’asseoir leur culture sur deux bancs, Français et Portugais. Pendant ce temps la maison au Portugal gagne un étage, et lorsqu’enfin la retraite approche la question se pose de savoir s’il faut retourner au pays.
Les enfants sont maries et n’ont jamais voulu partir la bas, les parents veulent rester auprès des petits enfants et se sont habitues à cette vie. Dur dur de prendre une décision et c’est ce destin qui lie aujourd’hui beaucoup de Portugais.

Il est difficile d’imaginer que les migrants portugais réputés bien intégrés aujourd’hui aient vécu les mêmes affres que les clandestins se pressant aux portes de l’Europe du 21ième siècle. Et pourtant, les “gens du Salto”sont aussi passés par là. Heureusement qu’à l’arrivée en France dans leurs sacs ils avaient de la « saudade », et grâce à elle, ils ont du surmonter pas mal de choses !!!!!!!

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